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Noël 1902

Noël 1902

·1327 mots·7 mins
Sommaire

Origine de l’image et contexte historique
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Noël (1902) by George Auriol
Noël (1902) by George Auriol - Cleveland Museum of Art | Source : Wikimedia Commons
Les récits et textes narratifs publiés sur ce site sont rédigés avec l’assistance d’outils d’intelligence artificielle, puis intégrés dans une démarche éditoriale et créative visant à contextualiser et faire résonner les images du passé dans le présent.

L’estampe Noël (1902) a été conçue en 1902 par l’artiste français George Auriol (1863–1938). Il s’agit d’une lithographie en couleurs de petit format (environ 18 x 12 cm) typique des cartes de vœux de la Belle Époque. À cette époque, l’envoi de cartes illustrées pour les fêtes de fin d’année était un véritable rituel social, ancré dans les mœurs bourgeoises et artistiques. La France privilégiait traditionnellement les cartes de Nouvel An – on y échangeait des souhaits pour l’année à venir plutôt que des cartes strictement de Noël. Auriol s’est inscrit dans cette culture en créant chaque année sa propre estampe de vœux, destinées à ses amis et correspondants. Entre 1898 et 1938, presque chaque année vit naître une nouvelle composition lithographiée de sa main, diffusée sous forme de carte postale artistique. Ces images – tirées en petites quantités et souvent imprimées sur beau papier – conjuguaient art de l’estampe et coutume épistolaire des vœux.

La carte Noël 1902 s’insère donc dans cette série. Elle aurait été envoyée lors des fêtes de fin d’année 1902 pour présenter les vœux de bonne année 1903. On y voit une jeune paysanne revenant du bois, un fagot sur l’épaule et un panier à la main, marchant dans un paysage hivernal stylisé. Auriol intègre à l’image un texte imprimé sous forme de vers, qui exprime poétiquement le passage d’une année à l’autre. On peut y lire : « Nos regrets à mil-neuf-cent deux. Pour mil-neuf-cent-trois, tous nos vœux – M. et Mme George Auriol », suivi de la mention « Noël 1902 » en bas de page. Par ces mots, l’auteur fait ses adieux symboliques à l’année écoulée et adresse ses meilleurs souhaits pour l’an nouveau. Cette combinaison d’image et de poésie illustre parfaitement le contexte de l’époque : la carte de vœux n’est pas qu’une simple illustration décorative, c’est un objet porte-bonheur, un messager de sentiments amicaux ou familiaux, imprégné d’une touche d’art et de littérature. Au tournant du XXe siècle, l’essor de la chromolithographie permet justement la diffusion d’images en couleur à grande échelle, popularisant les cartes illustrées et les estampes artistiques. Des magazines comme L’Estampe et l’Affiche ou Cocorico mettaient en avant ce bouillonnement de l’art imprimé. L’œuvre Noël 1902 d’Auriol prend place dans ce foisonnement visuel : elle témoigne de la rencontre de la tradition des vœux de Nouvel An avec l’esthétique Art Nouveau en vogue à Paris.

George Auriol, illustrateur, typographe et poète de l’Art Nouveau
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George Auriol, de son vrai nom Jean-Georges Huyot, est une figure fascinante de la scène artistique de la Belle Époque. Il fut à la fois poète, chansonnier, graphiste, illustrateur, typographe et peintre – un créateur aux multiples talents, emblématique de l’esprit protéiforme de son époque. Né en 1863 et monté à Paris dans les années 1880, Auriol fréquente le milieu bouillonnant de Montmartre. Il débute au célèbre cabaret du Chat Noir, où il côtoie des artistes et écrivains d’avant-garde (Henri de Toulouse-Lautrec, Théophile Steinlen, Henri Rivière, Alphonse Allais…) et écrit lui-même des chansons et poèmes. Sa personnalité vive et imaginative lui vaut le surnom malicieux de « Monseigneur l’évêque des campanules » donné par son ami Jules Jouy, en référence à son goût pour les motifs floraux stylisés.

Auriol contribue comme illustrateur à des revues d’art et de littérature (Le Chat Noir, L’Estampe et l’Affiche, Cocorico…), créant des en-têtes illustrés, des cartouches et des ornements graphiques qui marient étroitement texte et image. Vers 1901, il se lance avec passion dans l’art de la typographie et conçoit plusieurs polices de caractères d’inspiration Art Nouveau. Sa police la plus célèbre, baptisée Auriol, se caractérise par des lignes souples et végétales ; elle influencera même le designer Hector Guimard, qui s’en inspire pour le lettrage emblématique des stations du métro parisien. Auriol dessine pour la fonderie Georges Peignot des fontes novatrices (Française-légère, Auriol-champlevé, Robur, etc.), apportant au livre et à l’imprimé une touche moderne et élégante.

En parallèle, George Auriol poursuit son travail d’illustrateur et d’affichiste dans le style Art Nouveau : il crée des affiches, programmes de théâtre, menus illustrés et couvertures de livres où se déploie son talent ornemental fait de fleurs, d’arabesques et de motifs naturalistes. Son œuvre graphique, tout en arabesques fines et en compositions harmonieuses, respire l’optimisme et la créativité de la Belle Époque. Auriol était également enseignant (professeur de dessin à l’École Estienne à partir de 1924) et resta actif jusqu’aux années 1930. Il s’éteint en 1938, laissant l’image d’un artisan-poète de l’Art Nouveau, ayant marqué aussi bien l’histoire de la typographie que celle des arts décoratifs. Aujourd’hui encore, son nom évoque une certaine idée de l’élégance graphique 1900, faite de fantaisie, de poésie et d’invention formelle.

Une image aux résonances culturelles et poétiques
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Noël 1902 s’inscrit dans un ensemble unique de cartes de vœux créées par Auriol et sa femme tout au long de leur vie. Ces images imprimées ne servaient pas seulement de support aux souhaits annuels du couple, elles reflétaient aussi les préoccupations esthétiques et même parfois historiques de leur temps. Pendant près de quarante ans, de la fin du XIXe siècle aux années 1930, les Auriol ont envoyé ces cartes illustrées comme on offre un cadeau artistique miniature à ses proches. Chaque carte portait le millésime de l’année à venir et une scène évocatrice : certaines célébrant la nature, l’enfance ou les saisons, d’autres – en temps de guerre – exprimant l’espoir de la paix ou la résilience (ainsi la carte de vœux 1916 montre un enfant perché dans un arbre au-dessus des obus, symbolisant l’innocence préservée au milieu du conflit). Ce rituel familial s’est transformé en une véritable chronique visuelle des années qui passent, vue par l’œil d’un artiste.

Dans le cas de Noël 1902, l’image d’une jeune femme rentrant du bois, les bras chargés de bûches, revêt une dimension symbolique forte. Le fagot de bois qu’elle porte est destiné à alimenter le feu de la cheminée – symbole ancestral de la chaleur du foyer en hiver. Auriol évoque ainsi, de façon implicite, la lumière et la chaleur humaine qui triomphent du froid et de la nuit durant la période de Noël. Le panier tenu de l’autre main semble rempli de fruits ou provisions clairs, rappelant les dons de la nature même en saison froide. La scène dégage une atmosphère de simplicité rurale et de quiétude, valeurs rassurantes associées aux fêtes de fin d’année. Par son style épuré, ses teintes douces et ses lignes sinueuses typiques de l’Art Nouveau, l’image confère au quotidien une portée poétique.

Sur la gauche de la composition, les quelques vers imprimés – de la plume d’Auriol lui-même – donnent une voix à l’image. En présentant « nos regrets à 1902 » et « tous nos vœux pour 1903 », l’artiste-poète fait de son œuvre un pont entre passé et futur, un rite de passage bienveillant vers la nouvelle année. Cette alliance du texte calligraphié et du dessin forme un tout harmonieux, dans l’esprit des “belles cartes” de l’époque où l’on soignait autant le contenu que le contenant. Noël 1902 dépasse ainsi le simple rôle décoratif : c’est une œuvre d’art à part entière, mais aussi un témoin des pratiques populaires (échanges de vœux illustrés) et des sensibilités collectives d’un temps révolu. Aujourd’hui, redécouvrir cette image, c’est ressentir le souffle d’une époque où l’art se mêlait intimement à la vie quotidienne, pour célébrer l’espoir, la nature et l’affection par de petits objets poétiques chargés de sens. Dans la continuité de cette tradition, la marque Ondes du Temps s’inspire de telles œuvres pour insuffler à nouveau dans notre présent un peu de cette magie visuelle et sentimentale d’antan.